Le Kung-Fu est un art martial chinois, il est donc lié à cette culture. Malgré les différentes origines plus ou moins mythologiques qui lui ont été données, les pratiques martiales du Kung-Fu viennent des pratiques guerrières; on peut dire dans ce sens que les arts martiaux avec armes précèdent les arts martiaux à mains nues. Le Kung-Fu à mains nues commence à être codifié vers les XVIème – XVIIème siecles.
Prenant naissance dans un pays où les pratiques corporelles venant du Taoïsme, du Bouddhisme ou de la médecine sont déjà développées, les arts martiaux chinois ont toujours été élaborés dans un cadre théorique. D’autant que les grands pratiquants ont souvent été des lettrés à moins que ce ne soit leurs successeurs. Il convient quand même, si l’on veut pratiquer et appliquer un style de Kung-Fu, de distinguer les techniques martiales originelles de l’habillage philosophique et spirituel souvent plus tardif. Les spéculations intellectuelles sont pourtant révélatrices d’un cadre de pensée qui a transformé des techniques de combats en art et des vertus guerrières en idéal moral.
LE TERME KUNG FU
Le mot Kung-fu en chinois (qui a une prononciation plus proche de « Gong Fu ») n’a pas de rapport direct avec les arts martiaux. Il peut se traduire de différentes façons suivant le contexte, cependant on retrouve toujours la notion de temps (durée) et de maîtrise. Autrement dit, le Kung-fu dans son sens premier c’est une pratique qui demande des années d’efforts et qui vise également la réalisation, l’accomplissement de l’homme. C’est la maîtrise d’un art, d’une discipline; on dira par exemple d’un peintre calligraphe très habile qu’il a un bon Kung-Fu (Hao kung fu). Enfin le mot Kung Fu s’emploie aussi dans l’idée d’exercice ou de technique. En fait, quand les occidentaux parlent du Kung fu, il s’agit plutôt du Wushu, mot chinois, qui signifie littéralement arts martiaux.
Ce terme a été adopté en Chine populaire après la prise de pouvoir de Mao Zedong (Mao tse toung) en 1949. Les partisans de Jiang jieshi (Tchang kaichek) réfugiés sur l’ile de Taïwan gardèrent le terme de Guoshu, litteralement « Arts Nationaux ».
PRATIQUE INTERNE / PRATIQUE EXTERNE
La différence entre un Kung Fu externe basé sur les techniques, la force physique et un Kung Fu interne qui serait plus énergétique est globalement pertinente ; mais elle doit être nuancée pour plusieurs raisons :
- Tout d’abord les styles dits externes utilisent tous des principes d’opposition des bras, des bras et jambes ou de tout le corps (entre le poing qui frappe devant et celui qui tire derrière, entre le bras qui se lève et celui qui se baisse…etc). Ces mouvements de forces apparemment contradictoires effectuent certains types de torsions sur la colonne vertébrale ce qui favorise la circulation du Qi (traduisons pour l’instant par énergie ou souffle vital). Tout pratiquant de Kung Fu externe pratique donc de façon interne et recherche la force explosive (le Fa Jing). Une autre raison qui est en est la conséquence logique tient au fait que de nombreux maîtres de styles externes sont parvenus à un haut niveau énergétique grâce à la profondeur de leur pratique (temps d’entraînement et qualité du ressenti).
- L’originalité des styles internes est d’avoir développé des positions, des mouvements et des enchaînements de techniques propres à la circulation et à l’accumulation du Qi. Ce travail s’est accompagné de spéculations théoriques fortement ancrées dans les grands courants de la pensée chinoise (taoïsme, bouddhisme, philosophie, médecine), selon les préférences des différents maîtres fondateurs d’écoles. Les styles internes insistent donc plus sur l’imagination et la conceptualisation des mouvements, ce qui les rapproche du travail en Tai Ji ou en Qi Gong.
- D’autant que certains styles se pratiquent en souplesse, en décontraction, parfois même lentement ou avec des positions immobiles : c’est le cas pour le Xing Yi Quan et le Yi Quan qui en est dérivé (on dit aussi Da Sheng Quan), pour le Ba Gua Zhang ou encore le Liu He Tang Lang (version interne du Tang Lang Quan). Attention cependant car en combat c’est rapidité et puissance qui sont mises en œuvre et l’apparence devient celle d’un style externe ou s’exprime le Fa Jing.
- C’est également l’aspect que prennent des styles comme le Ba Ji Quan ou le Hsin Yi Liu He, dans lesquels la force physique et la vélocité sont très marquées dans la pratique. Pourtant ce sont avant tout des styles internes qui font alterner contraction et décontraction.